« Kotodama » : L’âme des sons.

Lorsqu’on écoute les gens parler quelques minutes on peut tout de suite en déduire leur manière de considérer l’aventure de leur vie. Prenons un cas courant qui est l’emploi du verbe « essayer » : je vais essayer « de téléphoner », « de venir », « d’aller voir », etc…Si l’on conseille à certaines personnes de faire quelque chose et qu’ils répondent : « Je vais essayer de le faire », « je vais essayer de changer »… on peut être persuadé dès le départ qu’il ne se passera rien.

Peut-on décider d’essayer d’arrêter de fumer ? D’essayer de réussir ? D’essayer de vivre ? L’équation est simple et utilisable à l’infini : « Pronom+verbe essayer+de+ X », il suffit de conjuguer le verbe et de remplacer le X par un objectif quelconque (changer de vie, se reposer plus, rencontrer quelqu’un…). Cette formule magique est la recette garantie de l’échec…Pour réussir, on fait et on voit ce qui se passe. C’est tout. Ca s’appelle « LE POUVOIR ».

Les Japonais utilisent le mot « Kotodama » pour décrire le pouvoir sacré des mots. Dans la tradition japonaise, les dieux (kamis) inspirent l’esprit des hommes par des combinaisons de sons.  En prononçant ces mots inspirés par les kamis, on fait se concrétiser les concepts ; c’est le kototama ou kotodama ), que l’on pourrait traduire par « mots-âmes » ou « paroles sacrées ». Ce concept se rapproche des mantras. En fait, les cinquante « sons » (syllabes) utilisés en japonais sont considérés comme étant chacun un kami ; le kotodama est le pouvoir spirituel attribué à la langue japonaise.

Cette façon de considérer la parole mérite de nous inspirer car le pouvoir des mots n’est pas spécifique à la culture japonaise. Nous devons nous rappeler que le mot « Bénédiction » qui semble aujourd’hui réservé à l’univers religieux vient tout simplement du latin benedictio, dérivé de « bene dicere « qui signifie « Bien dire » ou « Dire le bien ».

Beaucoup de paroles que nous utilisons au quotidien gardent la trace de cette origine : « Bon Jour », « Bon Soir », « Bien Venue », « Au Revoir », « Bonne Chance » étaient des « bénédictions laïques…Ces salutations ont depuis subi l’usure du temps et des habitudes, du coup elles en ont perdu leur caractère sacré que l’on ne retrouve plus maintenant que dans l’univers religieux où la « bénédiction » a pris un sens très restreint.

Nous en avons perdu l’esprit de la lettre et dans notre quotidien une bonne partie de notre pouvoir a disparu. Du coup, nous parlons à tort et à travers.

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